Conseils
Le lâcher prise ou le difficile équilibre du « ni trop, ni trop peu ».

Plus facile à recommander qu’à pratiquer, le lâcher prise fait partie des concepts à la mode. Il est un peu le « couteau suisse » des conseils entre amis, celui qu’on prodigue systématiquement quand on voit quelqu’un s’épuiser et tourner en rond sans parvenir à résoudre une situation. Il est vrai que prendre de la distance par rapport aux difficultés aide à appréhender les choses de manière plus sereine, et par ricochet, ouvre la voie à de nouvelles solutions. Mais ce qui paraît évident et simple vu de l’extérieur est beaucoup plus compliqué lorsqu’on est « aux prises » avec un problème. Alors … lâcher prise d’accord, mais dans quels cas, et concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? 

Patricia Luthy profile picture Rédigé par Patricia Luthy

Diagnostiquer la nécessité de lâcher prise 

Globalement, on retrouve deux grandes typologies de situations professionnelles dans lesquelles le lâcher prise est un outil essentiel : d’une part, des relations difficiles avec certaines personnes (supérieur/e hiérarchique, collègues, client/e/s …) et d’autre part, une impossibilité – réelle ou supposée – de répondre aux attentes (charge de travail trop importante, impossibilité de trouver des réponses aux questions posées, …). D’une manière générale, on peut dire qu’il y a nécessité de lâcher prise quand la difficulté prend une place trop importante dans notre vie par rapport à la place qu’elle prendrait « en temps normal ». Contrairement à ce que l’on pense souvent, les signes de la nécessité de lâcher prise sont assez faciles à repérer, même si l’on est concerné/e. Ainsi par exemple, si vous commencez à avoir des réactions disproportionnées par rapport aux événements (colère, agacement, susceptibilité, …), ou si le problème est omniprésent dans vos pensées (vous y pensez souvent en dehors du travail et cela génère une forme de stress chez vous) ou encore si vous ne parlez plus que de cette situation avec vos collègues et/ou vous en parlez régulièrement à la maison (tendance à répéter toujours les mêmes choses, à ne voir plus que ça)… Bref, à chaque fois que vous avez l’impression d’être envahi/e de manière inappropriée par une difficulté, il est nécessaire de vous poser la question d’un éventuel travail de lâcher prise. 

La dangereuse tentation de tout laisser tomber 

Comme nous venons de le voir, la vraie difficulté avec le lâcher prise n’est pas de le diagnostiquer, mais bien de le mettre en œuvre. Car non seulement il faut changer d’état d’esprit par rapport au problème, mais en plus, il s’agit de pratiquer la nuance et de ne pas basculer dans l’autre extrême. En effet, quoique fréquentes, les réactions du type « de toute manière, maintenant je m’en fiche » n’aident que rarement à résoudre le problème sur le long terme. Elles sont l’équivalent de claquer la porte au milieu d’une dispute … et de ne jamais revenir. Le problème reste ouvert. Il est ignoré mais pas traité. Le désinvestissement émotionnel a des conséquences importantes au niveau psychologique, et influe évidemment sur la motivation (et par conséquent sur la performance). La stratégie du « je laisse tomber » ne peut donc être que provisoire. 

Le vrai lâcher prise 

 Quand on parle de lâcher prise, on fait référence à l’idée de trouver la bonne distance émotionnelle avec le problème, celle qui permet de réfléchir à des solutions, sans se noyer ni abandonner. En effet, pour pouvoir lâcher prise – et donc adopter la bonne distance - il faut commencer par comprendre quelle émotion vous ressentez dans la situation que vous vivez, et ce qui la provoque. Dans les problématiques liées à la charge de travail, il s’agit souvent de la peur de l’échec et de la peur du jugement. Dans les relations conflictuelles, les causes sont plus variées : personnalités et/ou valeurs différentes, incompréhensions/mauvaises interprétations du comportement des autres,… . Une fois que vous aurez trouvé ce qui vous heurte au point de vous laisser envahir, vous allez pouvoir changer de perspective et regarder le problème différemment. Vous êtes désormais sur la bonne voie pour le résoudre. 

Conclusion 

Alors qu’une définition unifiée du burnout* vient juste de voir le jour grâce à une équipe de chercheurs lausannois, il semble plus judicieux que jamais de tout entreprendre pour lutter contre ce fléau. Le lâcher prise s’inscrit pleinement dans la panoplie des mesures utiles à la prévention du burnout. La clé se situe dans la prise de conscience rapide d’un manque de distance émotionnel face à certains problèmes ou certaines situations, et la volonté de travailler dessus. Le lâcher prise est un cheminement fait de remises en question personnelles … pas toujours simples, mais extrêmement enrichissantes. 

En cette fin d’année, je souhaite un bon cheminement à Chacune et à Chacun ! 


 * Le burnout se définirait désormais comme un « état d'épuisement émotionnel et physique liée à une exposition prolongée à des problèmes au travail » 

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