Conseils
Travail et emploi, la confusion est toujours de ce monde!

Lorsque j’accède à un emploi, un job comme on le dit fréquemment, j’occupe un poste de travail. Mon activité sera du travail. Mais lorsque je n’ai pas un emploi, ce n’est pas forcément que je ne travaille pas. Il me semble intéressant de partager avec vous une réflexion sur les nuances que je vois entre emploi et travail et les mettre en évidence, d’autant plus que les électeurs suisses viennent de se prononcer sur l’initiative dite du RBI (revenu de base inconditionnel).

Christian Sinner profile picture Rédigé par Christian Sinner

L’emploi implique une notion de dépendance, d’utilisation, de rémunération et d’existence 

Dans un emploi, vous rejoignez une organisation (entreprise ou administration) ; celle-ci va tout mettre en œuvre pour développer, consciemment ou inconsciemment, votre notion d’appartenance. Elle va utiliser vos compétences, vos services, vos savoir-faire ou savoir-être. Et pour cela, elle va vous rémunérer, sous la forme d’un salaire, de participation à votre deuxième pilier et parfois d’autres prestations. Souvent, dans la position d’employé, le travail est très motivant, prenant, captivant. Parfois il devient angoissant, invalidant, destructeur. Le prisme de la rentabilité ou du profit, la concurrence qui s’est parfois transformée en compétition et en lutte pour la survie, a conduit dans certaines situations les organisations à développer des managements faisant fi des aspects liés aux besoins et aux choix des individus travaillant pour elles. 

Les attentes de l’individu, par rapport à l’emploi, sont de plusieurs ordres selon Pierre Bourdieu (1). Son travail devrait non seulement rapporter des revenus, mais également une existence sociale, un statut dans une organisation, des protections juridiques et sociales, une sécurité. En plus, il attend que son emploi lui permette de développer ses compétences par des formations, la maîtrise de savoir-faire, l’accès à de nouveaux savoirs. Et finalement, il en attend également une forme de reconnaissance, « des caresses » pour l’estime de soi. 


Et le travail alors, comment l’entrevoir ? 

La principale différence tient du fait que la notion de travail n’est pas toujours en lien avec l’emploi. En somme, l’emploi s’inclut dans le travail et la notion de travail englobe celle d’emploi. Je me baserai sur un autre sociologue français majeur, Vincent de Gaulejac : « L’association emploi-travail peut être facteur de confusion. Il est possible, en effet, de travailler sans avoir pour autant un emploi. Le travail domestique en est l’exemple le plus évident. Beaucoup de retraités n’ont plus d’emploi, mais développent des activités qui leur permettent de continuer à travailler activement. A l’heure où l’emploi devient précaire et le travail intense, la dissociation entre les deux est de plus en plus nette. »(2)  C’est également le cas de nombreux indépendants, artisans ou artistes, prestataires de services, etc. 

Hannah Arendt (philosophe allemande naturalisée américaine – 1906-1975) distingue deux formes d’action dans le registre du travail. « L’animal laborans « qui peine » effectue un travail laborieux, servile, pénible dont l’objectif est de produire des biens et des services destinés à être consommés. L’homo faber « qui ouvrage » se réalise dans la production d’une œuvre, de biens durables, qui enracinent l’homme dans l’action par une inscription symbolique. »(3) 

Quoi qu’il en soit, travail dans un emploi ou pas, celui-ci « devient un élément central de l’accomplissement de soi. Il est au cœur du rapport entre l’être de l’homme et l’être de la société»(4).  Le travail est au cœur d’une tension entre moyen, souffrance, contrainte, aliénation et finalité, facteur d’épanouissement, d’émancipation, voire de libération. C’est pourquoi il est essentiel que les organisations et les états mettent tout en œuvre pour que le travail en emploi soit «soutenable» ; «un travail qui au lieu de briser, fatiguer, abaisser, abrutir, user, permettrait au contraire de s’exprimer, de nouer des contacts, d’être utile, d’être un opérateur de santé.»(5) 


1 Pierre Bourdieu – sociologue français majeur né en 1930 et mort en 2002

2 Vincent de Gaulejac – Tiré de « Travail, les raisons de la colère », Editions du Seuil, Paris, mars 2011 – p. 31

3 Ibid. p. 27 

4 Ibid. p. 36 

5 Dominique Méda, philosophe et sociologue française née en 1962 – « Travail, la révolution nécessaire », Editions de l’Aube, 2010 – p. 54 

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