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Être cadre : un statut, un pouvoir ou davantage ?
Devenir cadre, ce n’est pas qu’acquérir un statut, mais c’est mobiliser ses différentes ressources héritées, acquises, développées, en constante évolution, et les mettre au service de l’autre; c’est entretenir les relations utiles et nécessaires dans la conscience de l’ensemble des parties prenantes de l’organisation. 
Christian Sinner profile picture Rédigé par Christian Sinner
Cette réflexion ne se veut pas une analyse exhaustive des compétences qu’un individu doit posséder, mobiliser et développer pour être un bon cadre, un manager efficace. L’objectif est plutôt de mettre en lumière quelques notions que plusieurs lectures et mon expérience m’ont fait découvrir.

Devenir cadre, c’est assumer une lourde responsabilité, à laquelle il faut être préparé et qui nécessite un apprentissage et une remise en question dans la posture, en permanence. C’est mettre en oeuvre des compétences humaines, sociales, culturelles, économiques et de métier. Et pour cela, l’un des principaux défis sera de prendre le temps pour la rencontre, la réflexion, l’observation, l’apprentissage, l’échange, le doute par le questionnement. Toute la complexité liée au management tient pour moi au fait que l’entreprise et ses managers ont un rôle qui va largement au-delà de leur pouvoir et du profit de l’entreprise.

La richesse de l’homme ne se limite pas aux biens matériels qu’il s’est montré capable d’accumuler ou de créer. Si la création de richesse pour l’entreprise est nécessaire et se trouve être un but à poursuivre, elle ne peut le faire en considérant ses collaborateurs, ni ses clients, ni ses autres partenaires comme des instruments ou des outils. Il en va de même d’ailleurs pour toutes les problématiques liées à l’environnement et à l’usage des ressources terrestres. Le manager et le chef d’entreprise ont un rôle primordial pour que l’entreprise ne sombre pas dans ces nombreux travers.

Le destin des RH
L’une de mes grandes interrogations réside dans le fait que depuis le début de l’ère industrielle, jamais on n’a autant parlé de ressources humaines et organisé les entreprises en créant des services, des départements ou unités RH. Même les administrations qui ne disposaient, jusque dans les années 80 voire plus tard, que d’un office du personnel chargé des aspects salariaux et des assurances sociales uniquement, s’y sont mises bon gré mal gré. Et pourtant, il n’y a jamais eu autant de problèmes de santé psychique, de cas d’épuisement ou de burnout, de conflits au sein des entreprises ou de situation de harcèlement.

Le destin des RH se bornerait-il à ce que leurs responsables deviennent soit des tortionnaires, soit des torturés? Placer l’autre au centre de toutes ses réflexions, attentions et décisions, notamment le collaborateur pour le cadre manager, en prenant en compte toutes les différentes dimensions du capital (l’humain et ses « capabilités », social, culturel, économique entre autres), doit permettre d’éviter ce dilemme, j’en suis convaincu. Pour autant que la culture d’entreprise porte haut cette ambition et se donne les moyens de la faire vivre! Conduire une équipe ou une entreprise, selon Vincent Lenhardt , est devenu au premier chef une responsabilité exigeant le développement de son Identité Personnelle, de l’Identité Managériale, de l’Identité Relationnelle, de l’Identité d’Equipe et de l’Identité Culturelle.

Ce qu'il faut avoir à l'esprit
De plus, en acceptant d’occuper une position de cadre, il est souhaitable de cultiver l’humilité et d'avoir à l’esprit les paradoxes suivants mis en évidence par Vincent Lenhardt: • Il me faut sortir de la pensée que je dois me débrouiller seul ; les plus grands champions sportifs ont des entraîneurs. • Il me faut accepter de descendre du socle sur lequel je me suis mis ou de celui sur lequel les autres m’ont placé. • Il me faut pouvoir compter sur des aides autres que mes proches, la plupart du temps non compétents en management et/ou contaminés par les liens affectifs. • Il est souhaitable que je sois conscient que si je suis le plus concerné par le problème, je deviendrai la personne la moins compétente pour résoudre ce problème relationnel dont j’ai la charge. Donc, l’humilité incitera à solliciter un regard externe, d’un professionnel, en demandant la mise sur pied d’un coaching, par exemple, ou d’un team-building pour mon équipe.
 
La responsabilité de cadre va bien au-delà d’un pouvoir ou d’un statut
« Un chef d’entreprise qui ne penserait que pour se donner raison, le réel aurait vite fait de lui donner tort. Et un cadre qui ne penserait qu’à sa réussite personnelle aurait tôt fait d’échouer. » Telle est l’affirmation du philosophe André Comte-Sponville dans la préface du livre « Le management relationnel ». Il poursuit : « C’est la loi des équipes : nul n’y peut réussir qu’avec d’autres […] Un groupe n’est pas seulement la somme des individus qui le composent. Il est aussi, et surtout, l’ensemble des relations que ces individus entretiennent - les uns avec les autres, certes, mais également avec le groupe et son environnement. » Il s’agit d’inviter « le pouvoir de… » en lieu et place « du pouvoir sur… » 

"Après une riche carrière en tant que Responsables des ressources humaines, Christian Sinner se consacre aujourd’hui au coaching, en organisation ou pour répondre à des besoins personnels (life coaching).''
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